Animé par la journaliste
Estelle Labarthe-Meyer, qui s’avère être également, depuis peu de temps la présidente de notre association, ce café-littéraire réunissait les auteurs
Aude Maurel, également illustratrice, pour son album
Le Lion de Léonie,
Paul Samanos, pour son livre humoristique
Fauteuil en état de siège et
Olivier Raballand pour son récit
Grandir-Dans un monde différent. L’objectif de l’échange était de questionner les auteurs sur leur rapport au handicap mais aussi de réfléchir sur le statut du livre lorsqu’il s’agit de parler de ce thème : le livre peut-il constituer une passerelle pour découvrir ce sujet qualifié « de société » ? A-t-il un rôle d’outil de sensibilisation ? Un livre sur le handicap a-t-il une visée éducative ? Comment se distinguent la littérature jeunesse, et particulièrement l’album jeunesse, et la littérature adulte dans leur approche du thème du handicap ?
Parce que leur démarche d’écriture sur ce thème a été motivée par des choix (ou non-choix) différents, les trois invités ont eu des propos très complémentaires.
Ainsi, la relation qu’a eu Aude Maurel avec le thème du handicap dans son album a été « non-intentionnelle ». Le personnage de cette histoire, né avec une robe-cage à la place des jambes, a d’abord été inspiré par la découverte et l’achat d’une petite cage chez Emmaüs. C’est cet objet qui a conduit l’auteur à imaginer une petite fille qui ne marche pas. Sans le « faire exprès », dit Aude Maurel, la problématique de la fragilité apparaît bien souvent dans ses histoires sans doute parce que l’écriture est guidée par des « préoccupations citoyennes » dit-elle. Ses personnages ont beaucoup de fêlures, de fissures. Elle constate d’ailleurs, que les enfants prennent ces éléments comme une caractéristique parmi d’autres du personnage mais ne s’y attachent pas nécessairement ou ne lui accordent pas plus d’importance que cela. Ainsi, dans
Le Lion de Léonie, ce sont les adultes qui ont parfois été choqués par l’idée de la robe-cage. Les enfants reçoivent le thème des différences de manière plus naturelle. En cela, le livre constitue un réel médiateur. Que l’auteur ait eu très clairement envie ou non d’aborder le thème des différences et particulièrement du handicap, le livre, au final, constitue un prétexte pour en parler. Aude Maurel le constate souvent lors de ses interventions en milieu scolaire.
Le livre jeunesse, en cela, est très intéressant car il s’adresse aussi à tous d’autant que la force des images peut avoir un réel impact.
La démarche d’
Olivier Raballand avec son récit, dès lors qu’il a décidé d’en faire un livre après être passé par le geste de l’écriture personnelle, a été, au contraire, guidée par une volonté affirmée de contribuer à faire « entendre » le handicap. Son livre aborde les thèmes de la paternité et du handicap mental. L’objectif était d’écrire pour montrer l’universalité du sujet. Parler du handicap c’est, selon l’auteur, parler de l’être humain, notion universelle. Et en cela le livre est pour Olivier Raballand, un vrai outil de sensibilisation. Il doit pouvoir informer, questionner mais aussi faire rire dans le but de révéler que les personnes en situation de handicap ne se limitent pas à celui-ci. Ce sont des personnes avant tout. Qui peuvent être malpolies, précise Paul Samanos, et qui doivent se l’entendre dire quand c’est nécessaire. Pour Olivier Raballand, le rôle du livre est aussi de casser des idées toute faites, d’influer sur les représentations que la plupart des personnes ont sur le handicap et de susciter une volonté d’agir différemment devant une personne en situation de handicap. Ne plus être totalement indifférent, ne pas être non plus dans une trop grande proximité, mais être naturel et ouvert à l’autre.
Le livre a-t-il un rôle éducatif alors ?
Pour Olivier Raballand, d’une certaine manière oui. Le livre peut éduquer aux différences surtout lorsqu’il est utilisé en milieu scolaire. Mais tous les livres abordant le thème du handicap ne peuvent pas avoir ce rôle. Selon
Paul Samanos, la pluralité des approches est indispensable et l’édition doit promouvoir une variété d’ouvrages et cibler des publics variés depuis les professionnels et personnes acquises d’avance jusqu’au lecteurs « ignorants ». Dans son livre humoristique, Paul Samanos a choisi d’utiliser, lui aussi intentionnellement, un petit personnage drôle pour dire, d’une part, ce qu’il ne parvenait pas à dire tout haut en son nom, et pour faire tomber, d’autre part, les appréhensions autour du handicap grâce à l’humour. Celui-ci permet souvent de charmer le lecteur. Par contre, il faut veiller à ne pas non plus s’enfermer dans l’humour au risque de tomber aussi dans la caricature et laisser croire que le handicap c’est drôle. « Car, le handicap ce n’est pas drôle ! » rappelle l’auteur. Le livre est, pour Paul Samanos, un « pied qu’on met dans la porte » pour enclencher la discussion.
Pour finir, les invités ont suggéré quelques lectures :
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Club V.I.P : Very Invalid Person de Luc Leprêtre. – Editions Anne Carrière, 2009 (roman)
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La petite casserole d’Anatole de Isabelle Carrier. – Bilboquet, 2009 (album)
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L’ascension du haut mal de David B. . – L’association, 2000 (B.D.)
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Une famille en voie de guérison de Oé Kenzaburo. – Gallimard, 1998 (récit)
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Le handicap aux risques des cultures de Charles Gardou. – Erès, 2010 (essai)