15

Décembre
2010


Janvier
et
février
2011

Rencontre avec ... Francisco Arcis, auteur de Mon ami Lucien

Une interview des Éditions d'un Monde à l'Autre !


Racontez nous un peu qui vous êtes et ce qui vous a mené à l’écriture ?


Francisco Arcis : Je suis né en Espagne il y a bientôt 50 ans ! J’ai grandi à Saint Etienne et me suis installé il y a une trentaine d’années en Franche Comté. J’ai un parcours professionnel de parfait autodidacte. J’ai enchaîné les petits boulots : laveur de vitres, ouvrier à l’usine, jusqu’au jour où je me suis découvert une passion pour les enfants. D’abord les colonies de vacances, puis des leçons de guitare dans une MJC, enfin je suis devenu éducateur spécialisé et je le suis toujours ! Aujourd’hui j’accompagne des tout-petits dont la situation familiale est très compliquée. Enfin je suis moi-même le papa d’une grande fille de 21 ans et d’un garçon de 9 ans.
Quant à l’écriture, c’est comme la musique, je suis simplement tombé dedans et je ne sais pas expliquer pourquoi. Il y a eu de longues années de galère avant d’être publié, et maintenant mes livres sont édités régulièrement chez les éditeurs « jeunesse » connus en France.

C’est étonnant de ne pas savoir expliquer ce besoin d’écrire, cette évidence ?


Disons que je ne me pose pas la question. Sans doute s’agit-il d’un monde intérieur que j’ai besoin d’exprimer. En revanche je sais expliquer pourquoi l’enfance m’inspire, car, c’est un fait, je ne m’adresse quasi exclusivement qu’à l’enfance (NDLR Francisco Arcis a écrit deux romans adultes).
En fait je suis attiré par l’enfance, par mon enfance et par l’enfance au sens large du terme. J’ai été un enfant heureux et je garde de la nostalgie de ce monde-là, un sentiment encore très vif de cette période de vie où l’on a tant besoin d’amour, de reconnaissance, où l’on a tant besoin d’exister au yeux de ses parents. Je suis toujours très ému quand je pense à cela, à cette fragilité-là. 
Une éditrice m’a dit un jour quelque chose qui résume bien comment en tant qu’auteur et adulte, je me projette dans cette enfance dont je parle dans mes livres : « ce que j’aime dans vos textes, c’est qu’on trouve toujours des figures d’adultes qui sont des figures aidantes ». C’est vrai, je suis touché par l’enfance, par l’adolescence, cette période où l’on veut avancer, bouffer le monde, et j’aime imaginer, toujours aux côtés de ces jeunes, des parents, des professeurs ou des éducateurs qui puissent être des tuteurs de résilience quand ils souffrent.


Votre livre, Mon ami Lucien, que nous publions très prochainement, exacerbe cette question de l’enfant fragile. Lucien, le jeune protagoniste, est trisomique et très mal accueilli par ceux de sa classe.


Oui, c’est l’image même de la fragilité. Mon ami Lucien, c’est un conte moderne, il faut le lire comme une parabole. J’ai voulu montrer comment cet enfant qui apparaît comme vulnérable est aussi capable d’une vraie force et capable de surprendre les enfants de la classe en déclenchant chez eux une émotion à laquelle ils ne s’attendaient pas.

Mon ami Lucien ne répond donc pas à une réflexion particulière sur la trisomie, ou bien à une volonté particulière de sensibiliser les jeunes au handicap mental ?


J’ai travaillé avec des enfants trisomiques, c’est vrai, ce sont des enfants que je connais bien, mais je ne fais pas le lien entre mon travail d’éducateur et mon travail d’écrivain. Je garde le souvenir d’enfants très joyeux, pleins de vie. Je me rappelle avoir lu que certains enfants pouvaient développer certaines capacités impressionnantes. Je m’en suis inspiré pour une partie du livre. Mais, pour le reste, je n’ai pas de message, je ne veux pas être faiseur de moral pour mes lecteurs. C’est l’émotion qui m’intéresse : provoquer de l’émotion à la fin du livre. Souvent mes lecteurs m’envoient des mails pour me dire qu’ils ont été touchés et je suis profondément heureux.

Avez-vous fait lire ce livre à votre fils de 9 ans, qui a à peu près l’âge des enfants du livre ?


Non, mon fils se tient un peu à distance de ce que j’écris en ce moment. Mais mes proches l’ont lu et pour certains passages, il m’arrache moi-même encore les tripes. Je tiens énormément à ce texte. Les éditeurs à qui je l’ai proposé avant de vous rencontrer ne voulaient pas s’attaquer au thème du handicap mental, ils trouvaient ça trop délicat, trop inquiétant. Je suis pourtant fier que mes livres soient aussi édités par de grandes maisons, mais il faut quand même bien admettre que les logiques sont très commerciales, nos interlocuteurs ne voient plus la magie d’un texte. C’est terrible de voir le poids des commerciaux. Avec Mon ami Lucien je me disais : « Mais bon sang, ça ne les touche pas ce texte ? ».
Avec votre maison d’édition, je suis très heureux car j’ai trouvé l’écrin idéal à mon texte et je me dis que ça aurait été du gâchis de le confier à d’autres.

Propos recueillis par Estelle Labarthe-Meyer

http://francisco.arcis.pagesperso-orange.fr

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